L E S    B É D I K S
Les Bédiks sont un peuple qui a su farouchement protéger et préserver sa culture, sa langue et son mode de vie, et ce malgré la pression de la modernité. 

Les Bédiks sont appelés « le peuple des pierres ».
C’est au sommet des massifs formés de dolérites que leurs ancêtres se sont jadis réfugiés et y ont construits leurs villages parmi les éboulis rocheux de cette forme de basalte.

Cette roche fait partie de leur identité. D’ailleurs dans leur dialecte, le mot signifiant « dolérite »  se traduit par « la pierre Bédik ». 

Par le passé, elle a constitué une protection naturelle efficace contre les oppresseurs.

Car les Bédiks ont jadis été un peuple oppressé, leur histoire particulière a été tourmentée au fil des siècles.

A l’origine, les Bediks sont des Maliens qui se sont enfuis de leur pays à partir du 12ème siècle pour échapper à l’esclavage auquel ils étaient réduits. Pourchassés, ils se sont alors réfugiés dans des grottes dans un premier temps.

Puis, vers la fin du 13ème siècle, ils se sont installés sur les hauteurs des montagnes de dolérites sénégalaises pour mieux pouvoir se défendre.

Plusieurs siècles plus tard, à la fin du 19ème, le roi Peul Alpha Yaya est venu depuis la Guinée voisine pour convertir les peuples à l’islam. Les Bédiks ont refusé de se soumettre et une terrible guerre tribale a alors éclaté.

De cette sombre période, en voici l’histoire telle qu’elle est racontée par Jean-Baptiste KEITA, le représentant du Chef du village d’IWOL :

« Les rescapés se cachèrent dans les cavernes d'où ils ne pouvaient sortir que la nuit pour puiser l'eau et piler les céréales en les frottant avec des pierres, de peur d'attirer les ennemis avec le bruit des pilons.
Vu la gravité de la guerre, les hommes offrirent au génie du village 18 de leurs jeunes pour qu'il leur insuffle le pouvoir de mettre fin à la guerre.
Grâce à cette intervention, les Bédiks furent sauvés.
Mais un jour, Alpha Yaya revint dans le but de les soumettre. Malheureusement pour lui, il se rendit compte que les Bédicks étaient protégés par le pouvoir du génie. C'était une grande chance pour les habitants du village, mais ce n'était pas la seule, car des essaims d'abeilles combattaient aussi en leur faveur. Si une abeille piquait un soldat d'Alpha Yaya, celui-ci mourrait sur-le-champ.
C’est ainsi que les Bédiks connurent la paix.

Malgré les piqûres d'abeille, Alpha Yaya fut le seul à retourner dans son village natal en Guinée, où il y mourut quelques jours plus tard. »

Les Bédiks ont été décimés pendant cette guerre, mais ils ne se sont pas convertis de force à l’islam.

En revanche, plus d’un demi-siècle plus tard, à partir de 1953, certains ont adopté une forme de christianisme avec la venue de missionnaires français.

Il n’en reste pas moins que les Bédiks sont avant tout animistes. Ils ont réussi à faire perdurer leurs traditions séculaires au travers des différents rites et cérémonies célébrés annuellement et qui rythment la vie de chacun d’entre eux.

Leur culture se caractérise aussi par leur symbiose avec la nature.

Et leur mode de vie impose le respect d’un système de classe d’âges, et la répartition par famille de fonctions sociales et rituelles bien déterminées.

I W O L
IWOL fait partie de la poignée de villages Bédiks qui existent encore de nos jours. C'est le plus ancien et c'est surtout celui considéré comme la capitale du pays Bédik au Sénégal oriental. IWOL est peuplé d'environ 600 habitants.

Pourtant, IWOL n’a pas grand-chose d’une capitale au sens où nous, occidentaux, nous l’entendons. 

Il n’y a aucune route carrossable pour s’y rendre, pas d’électricité, et surtout il n’y a pas d’eau sur place.

Néanmoins, c’est un endroit magnifique, paisible et dépaysant, où l’on se sent littéralement « coupé du monde ».

Le point de vue panoramique sur la nature environnante, sauvage et préservée, est époustouflant.

On peut aussi admirer des arbres incroyables, et notamment le plus gros baobab de la région avec son tronc 

de plus de 23 mètres de circonférence. Cet arbre imposant et majestueux serait là depuis plus de 600 ans…

IWOL est constitué de cases rudimentaires au toit fait de bambou et de paille, et au mur circulaire fabriqué avec de la terre argilée mélangée à de l’eau.
 Même l’église est construite ainsi.

Le village dispose par ailleurs d’un dispensaire créé en son temps par le Père Xavier GOBAILLE, missionnaire de la congrégation des Pères du Saint-Esprit.

Le Père XAVIER a consacré 17 années de sa vie, entre 1983 et 2000, au pays Bédik. Il y a organisé la construction de puits et l’établissement de « cases de santé ».

A IWOL, la « case de santé » est toujours là, mais sans médicaments…

En revanche, pour le puits, le projet n’a finalement jamais été concrétisé.

La population d’IWOL pratique l’habitat groupé et se répartit en quatre familles dont chacune est responsable d’une fonction sociale et communautaire.

—> il y a d’abord les KEITA qui sont ceux qui gouvernent le village. Notre guide local sur place, Jean-Baptiste KEITA, fait partie de cette lignée. Il est le représentant du chef du village. Mais il est aussi très polyvalent et multitâche puisqu’il fait office d’instituteur, de soigneur, de prêtre, d’interprète et de guide touristique !

 —> il y a ensuite les SADIAKHOU qui ont pour mission de s’assurer du respect et du maintien des rites et coutumes ancestrales.

 —> il y a enfin les CAMARA et les SAMOURA qui, eux, sont en charge de l’organisation des fêtes traditionnelles Bediks tout au long de l’année.

(Trois reconstitutions généalogiques sont à retrouver sur le site en cliquant ici)

Les habitants d’IWOL vivent d’un peu d’élevage, de la cueillette et de l’agriculture.

Lorsque l’on voit les lopins de terre cultivés sur les flancs rocailleux de la montagne, on se demande par quel miracle ils ont réussi à rendre arable cette terre accrochée à un relief aussi abrupt.

Et pourtant, ils y parviennent !

Ils cultivent essentiellement l’arachide, le mil et le coton, et toujours du bas de la colline vers le haut.

En revanche, il leur est impossible de produire du riz, le lieu ne s’y prêtant absolument pas. Le riz doit donc être acheté dans la plaine, et les sacs de 50 kilos sont acheminés là-haut à dos d’hommes bien évidemment…

Certaines femmes réalisent aussi des produits artisanaux destinés aux très rares touristes de passage. 

Mais les femmes sont surtout celles qui endossent la corvée quotidienne d’aller chercher l’eau loin du village, puisque IWOL n’a toujours pas son puits…

Pour cela, elles marchent bien souvent des kilomètres et parfois plusieurs fois par jour.
Dès leur plus jeune âge, elles portent de lourdes charges posées en équilibre sur leur tête. 

Bassines ou bidons remplis d’une eau pas toujours potable arrivent au village pour la cuisine et un minimum d’hygiène…